Rachat de Norbert Dentressangle par l’Américain XPO : faute de successeur…
L’annonce du rachat de Dentressangle par la société américaine XPO, bien plus petite, a pris tout le monde de cours : à l’externe, comme à l’interne. Norbert Dentressangle, le créateur du Groupe l’explique pour des raisons de succession : aucun de ses fils ne voulait reprendre les rênes d’une entreprise de 42 300 salariés et de 5,1 milliards d’euros de chiffre d’affaires.
Créé par Norbert Dentressangle, le groupe de transport et de logistique dont le siège social est basé à Lyon était en train de devenir mondial, après une belle acquisition aux Etats-Unis en août 2014 : Jacobson.
Mais en définitive, Dentressangle n’aura pas longtemps planté le drapeau tricolore aux USA : il deviendra totalement américain, perdant sa marque qui sera intégré dans celle du groupe US. On ne verra plus les camions rouges sillonnés les routes. L’Américain XPO Logistics annonce en effet qu’il va acquérir la société rhônalpine. Une transaction de 3,4 milliards d’euros.
Une vraie surprise dans la mesure où l’acquéreur est plus petit que sa proie. En 2014, le groupe Dentressangle avait réalisé un chiffre d’affaires de 5,1 milliards d’euros. L’ensemble réalisera 8,5 milliards d’euros.
La société créée par Norbert Dentressangle part ainsi dans le giron d’un des acteurs de la logistique les plus actifs d’Amérique du Nord.
10 000 salariés pour l’acquéreur contre 42 500 pour Dentressangle
Cette société qui compte dix mille salariés contre quarante-deux-mille pour Dentressangle est le deuxième opérateur de courtage de fret aux Etats-Unis, le troisième fournisseur de services intermodaux et enfin le premier fournisseur de logistique sur le dernier kilomètre. La société compte près de 5 000 poids lourds. Elle a affiché une perte de 57 millions d’euros en 2014.
Son siège est basé à Grennwich dans le Connecticut.
« Cette offre est arrivée non sollicitée et de façon inattendue » assure l’homme qui a créé ce géant du transport en 1978, Norbert Dentressangle.
Il explique : « Les membres de ma famille ont accueilli favorablement cette offre qui apporte une réponse à ma propre succession ».
« Mes enfants ont exprimé clairement ne pas se voir endosser cette lourde responsabilité d’être actionnaires d’un groupe de cette taille », précise-t-il, en indiquant avoir commencé « depuis deux ou trois ans » à réfléchir à cette question en famille et qu’il s’était donné « plus de temps » que l’échéance de la veille pour arrêter une décision ensemble.
Mais « la complémentarité » entre les deux groupes, sur le plan géographique et celui des métiers, comme sur leur ambition partagée de développement au niveau mondial a déterminé son choix, assure-t-il.
Interrogations en interne
Reste que cette décision à laquelle personne ne s’attendait, notamment après les débuts de l’aventure américaine du Groupe, suscite de nombreuses interrogations en interne, en attendant le comité de groupe extraordinaire qui doit se tenir lundi 4 mai.
« Même les cadres dirigeants ont l’air un peu estomaqués », a commenté le secrétaire CFDT de l’entreprise cité par l’AFP.
De son côté, le représentant FO, majoritaire chez le transporteur, souligne qu’il y a six mois, la question d’un éventuel rachat avait été posée lors d’un comité de groupe et que l’option avait été alors exclue, alors même que l’entreprise tricolore venait elle-même de procéder à l’acquisition de Jacobson, pour 560 millions d’euros (750 millions de dollars).
Pour calmer les inquiétudes des salariés et de l’encadrement, il est bien précisé des deux côtés que pendant dix-huit mois, aucune suppression d’emploi, aucune restructuration ne sera opérée. Mais après ?
Il est vrai aussi que Hervé Monjotin, l’opérationnel qui détenait les rênes effectifs du groupe comme président du directoire a accepté de rester en place pour diriger les activités européennes de la nouvelle entité.
Reste que c’est la complémentarité offerte par les deux groupes qui a été déterminante dans le deal à 3,4 milliards d’euros qui s’apprête à être signé. « La complémentarité des offres de services et des implantations géographiques permettra de générer des synergies commerciales auprès d’un large portefeuille de clients internationaux », se félicite-t-on ainsi du côté de la direction de XPO Logistics.
Les conditions de la transaction ? XPO s’est engagé « irrévocablement » à acquérir l’intégralité des titres détenus par Norbert Dentressangle et sa famille dans « Norbert Dentressangle SA », représentant 67 % des actions en circulation.
Une très belle plus-value
Le prix d’offre par action a été fixé à 217,5 euros, contre 159,10 euros (+ 30 % depuis le 1er janvier 2015), mardi 28 avril à la clôture de la Bourse. Une très belle plus-value, donc : + 36 % !
L’acquisition inclut la dette de la société Dentressangle qui s’établit à 1,08 milliard d’euros.
Une fois la transaction réalisée, une offre publique d’achat simplifiée sera lancée. Cela signifie que les actionnaires de Dentressangle autres que la famille se verront aussi proposer également 217,10 euros par action, coupon de 1,80 euros par action détaché. Là aussi, donc, une belle plus-value. Le particulier qui a acquis en Bourse des actions Dentressangle début 2015 fait une belle affaire : près de 70 % de bonus.
XPO Logistics l’annonce : « Nous envisageons de réaliser d’importants investissements de croissance dans nos nouvelles activités européennes, notamment dans le développement technologique. » Un investissement qui pourrait s’élever à environ 225 millions de dollars.
Comme c’était le cas pour Dentressangle avant ce rachat : XPO entend devenir mondial et va pour ce faire s’implanter solidement en Europe. Le rachat de Dentressangle va grandement l’aider.
La marque Dentressangle et ses camions rouges vont disparaître
Outre le président du directoire, l »ensemble de l’équipe de direction de Dentressangle devrait rejoindre XPO après la finalisation de la transaction assure l’Américain.
Une certitude, à l’issue de cette transaction, la marque Dentessangle disparaîtra, au profit de celle de XPO. On ne verra plus de camion rouges siglés, en Rhône-Alpes et sur les autoroutes européennes… Un fleuron de l’industrie rhônalpine s’en va outre-Atlantique. Un pan de l’histoire économique régionale se tourne.